MONA HEFTREeeeeeee
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Petite bio et souvenirs...
par Mona Heftre

Je suis née dans une petite maison à Condat, près de Libourne en Gironde, entre les vignes et les prés,
d’un papa jardinier et d’une maman rêveuse et mère de famille nombreuse. Les vacances se passaient à la campagne qui commençait derrière la maison. Les balades à cinq sur un vélo, les bottes de foin, les batailles au pistolet à élastique, l’élevage de têtards, les hannetons qui volent, un fil accroché à la patte sont des images de mon enfance. J’ai poussé comme une herbe sauvage.

A l'adolescence, attention ! J'ai mes favoris : La minijupe, les Shadocks, Jacques Dutronc, Hara-Kiri, Charlie Hebdo, Léo Ferré, Led Zeppelin, Frank Zappa, Boris Vian, les Rolling Stones et Laurent Terzieff... Ceux qui ne partagent pas mes goûts ne peuvent devenir mes amis ! Je refuse l'entrée en apprentissage que me suggère le conseiller en orientation, comme il l'a déjà fait pour mes aînés. Je décide toute seule d'aller jusqu'au bac. Après on verra.

J'ai découvert le théâtre au lycée grâce à une surveillante avec laquelle j'ai lié une amitié qui dure toujours aujourd'hui. J'organisais déjà des soirées poétiques à la salle des pompiers mais elle m'amena à Bordeaux où on jouait Beckett, Ionesco, Arrabal dans les cafés-théâtres.

J'ai vu pour la première fois le Grand Magic Circus au festival Sygma en 1968 avec Robinson Crusöé. Ça partait dans tous les sens, c'était complètement fou ! Vendredi passait tout nu au-dessus de ma tête, accroché à une liane. Un tas de jolies filles dansaient, chantaient et s'amusaient. Deux orchestres, un de chaque côté de la scène.

J'ai passé mon bac, j'ai obtenu la bourse que j'avais demandée pour entrer à la fac mais je n'avais plus envie d'y aller. Je suis partie à Paris sans rien dire et je ne suis revenue que des années plus tard. J'avais choisi la vie d'artiste, je n'ai jamais pensé faire autre chose.

Pas farouche, je gagne ma vie comme modèle, Pin-up de calendriers et couvertures de romans-polars. Je rencontre Marcelle et son incroyable baraque de foire ; Elle m'engage comme vedette pour un striptease très rock and roll sur L.A. Woman des Doors. Nous tournons avec les forains tout un été : auto-tamponneuses et tir à la carabine à volonté.

Colette Godard, alors journaliste, vient me voir et me fait un petit portrait dans Elle.

Un jour Colette amène un de ses amis à la roulotte, c'est comme ça que je rencontre Jérôme Savary. Il m'engage sur-le-champ pour jouer le rôle de sa fille dans un film qu'il vient d'écrire pour sa troupe avec Topor : la Fille du garde-barrière.

Je suis Calamity Jane dans le film de Jacques Robiolles, Mona Mour dans celui de Paul Vecchiali, Change pas de main.

Je rejoins alors le Grand Magic Circus et ses animaux tristes, un Brésilien, un Uruguayen, un Argentin, une Norvégienne, une Anglaise, une Ghanéenne et quelques Français, des musiciens très rock and roll, pas tristes du tout...

Souvenirs, souvenirs du Magic Circus

La Fille du Garde Barrière : une dizaine de filles hilares se balancent à cheval sur un phallus géant en carton-pâte dessiné par Topor pour le film que Jérôme est en train de tourner avec sa troupe et ses amis. c'est pendant le tournage de ce film que je succombe à son charme infaillible...

Good bye Mr Freud à La Porte Saint-Martin, parrainé par Taittinger ; le champagne coule à flot : royal ! Gotlib, qui a écrit des chansons, est toujours au bar avec nous à l’entracte. Copi, Dracula funambule très élégant, les dents passées au fluo, sourire éclatant, se balance, une bouteille de champagne à la main, sur un pont de lianes, à trois mètres au-dessus du public. Il chante un tango chaloupé.

De Moïse à Mao à Hambourg. Il neige et nous courrons pieds nus autour du chapiteau pour faire les entrées et les changements au pas de course. Sur scène, un brouillard épais, dû à la condensation, s’est installé. Au final, on entend dans la brume le chant des vierges , "It’s nearly fool moon, Oh I wish it will come soon", vision fantomatique de jeunes filles en robe de mariée traversant la salle en chantant. Guillermo Gallardo, notre magnifique baryton argentin (aussi beau que Julian Beck) chante "Je suis un vampire middle class, tout le monde me trouve dégueulasse" (paroles de Topor) et nous vampirise l’une après l’autre. Les vierges se jettent alors dans le public, mordant au cou les spectateurs. L’ambiance est à la hauteur des grands films d’épouvante...

Les grands sentiments produit avec 10 000 francs déposés sur mon compte en banque, Jérôme étant interdit bancaire. Nous vivons à l'hôtel Parisiana, notre maison ayant été saisie pour régler les dettes du Circus. C'est de plus en plus dur côté finances et sans subventions, il a fallu se passer d'une partie de la troupe et réduire l'orchestre.

Chaque soir après les répétitions, Jérôme écrit sur sa Remington les scènes du lendemain. On nous donne des costumes de l’ancien TNP. J’ai trouvé les chaussures de Maria Casarès et de Dudu (Michel Dussarat), un pourpoint de Rodrigue. Dans le train, qui nous conduit à Villeneuve-sur-Lot pour cette première mondiale, je couds les dernières étoiles au rideau de scène, satin vert, étoiles oranges. Patrick Grandperret nous accompagne et filme.

Au deuxième tableau, l'orchestre se déchaîne. Je me déshabille comme une diablesse et je descend toute nue dans la salle. Je choisis un spectateur et l’amène sur scène où il y a un lit qui nous attend. Dudu, toujours prêt à déshabiller un beau mec, s’active, puis disparaît avec les fringues du spectateur. Je le prends alors par la main et me couche avec lui dans le lit. Jérôme, Monsieur Loyal et magicien, nous recouvre d’un drap en philosophant sur l'amour.
ROULEMENTS DE TAMBOUR ! Dans ce lit, il y avait un grand trou au fond duquel je disparais en un éclair. Il me fallait en deux secondes attraper par les oreilles un lapin et le mettre dans les bras du type.
Jérôme enlève le drap : "MESDAMES, MESSIEURS !!! ELLE LUI A POSÉ UN LAPIN !!!" Le malheureux se trouvait tout nu dans la poursuite, tenant un lapin dans ses bras. Jérôme le conduisait alors par la main à l'avant-scène et le réconfortait, continuant à philosopher sur les femmes et l'amour.
C'était à pleurer... de rire bien sûr. Et irrésistible. Un de ces chauds et froids dont Jérôme a le secret.

A Barcelone, on doit jouer pour la censure franquiste l’après-midi ; on ne doit voir aucun système pileux ! Le soir, je colle sur mon pubis un autocollant-tête de chat. Un soir de mistral, au Théâtre de la Mer à Sète, notre unique toile peinte s’envole et coule à pic.

Nous avons joué ce spectacle un peu partout et dans toutes les langues, rajoutant au fil des tournées toiles peintes, accessoires et costumes, apprenant le texte dans les trains et les avions qui nous menaient de villes en pays.

les Mélodies du Malheur, création à Venise. Toute la nuit, on cherche une fin au spectacle qui sera présenté en première mondiale le lendemain. A l’aube, épuisés sur le chemin de l’hôtel, nous croisons dans la brume des gens masqués. Vision surréaliste, c’est vrai, c'est le carnaval. Le lendemain, le spectacle n’en finit pas de finir... et tout se termine en musique, comme de bien entendu. Le public danse et est ravi.

A Rome, Fellini et Giulietta viennent nous voir. Après le spectacle, la trattoria du coin installe tous les soirs tables et chaises devant le chapiteau et tout le monde se retrouve tard dans la nuit. Un soir, Dario Fo se joint à nous. Nina dort dans la caravane, ma petite soeur Vely fait la baby-sitter. Elle vend aussi les programmes. Elle est ravissante dans son costume d'Alice au pays des merveilles.

Le Bourgeois Gentilhomme créé sous chapiteau place Jean-Jaurès à Paris. C'est la première fois que Jérôme monte un texte classique avec sa troupe. Elle met au service de Molière tout son savoir-faire de saltimbanque. Enorme succès, presse formidable. Un soir, la caissière affolée arrive dans la loge. Il n'y a plus une place à vendre mais le public menace de tout casser si on ne le laisse pas entrer. Nous jouerons donc les portes ouvertes, tous les soirs.

L’Histoire du Soldat à La Scala de Milan, je danse sur ce plateau de légende avec Nina, petit ange en robe d’organdi et bouclettes, elle a 4 ans. Sa sœur Manon danse dans mon ventre, elle naîtra un mois plus tard.

Après la naissance de notre deuxième fille, le rythme des tournées pour moi se ralentit. Jérôme dirige son premier centre dramatique à Montpellier, et de nombreux théâtres allemands lui offrent des mises en scène.

Bye Bye Show-Biz à Mogador est le dernier spectacle du Magic. L'histoire de comédiens se rencontrant à l'ANPE et cherchant, en vain, à monter ensemble un spectacle. De Moïse à Mao était une histoire d'une troupe de théâtre partie conquérir l'Amérique et bloquée au bord du désert du Nevada.

Après ces adieux de la troupe, j'ai poursuivi mon travail avec Jérôme, ponctuellement mais fidèlement.

Après l'aventure du Magic, Mona est encore l'interprète de très beaux rôles dans les spectacles de Jérôme Savary : elle est Titiana dans le Songe d'une nuit d'été, Petit Courage dans Mère Courage de Brecht à Chaillot avec une troupe franco-allemande, Fraulein Kost dans la comédie musicale Cabaret, Constance Bonnacieux dans D'Artagan avec Christophe Malavoy, Magdalena dans La Périchole d'Offenbach.

Elle a participé au magnifique Y'a d'la joie d'après le répertoire de Charles Trenet, et a joué la mère dans la version 2003 de Zazou auprès de Jérôme et de leur fille Nina.

Mona a créé deux mises en scène de Hans-Peter Cloos : Chambres de Philippe Myniana et Kabaret Karl Valentin avec Yann Collette. Elle est aussi une très belle Jenny des Lupanars dans l'Opéra de quat'sous mise en scène par Charles Tordjman.

En 1994, à l'occasion du centenaire du cinéma, Mona monte un récital de chansons de films à Chaillot : Noir et Blanc.

Elle enregistre un disque en 1997, Les Mille baisers. Mais son travail musical est marqué par sa rencontre avec le répertoire de Serge Rezvani. Mona interprète ses chansons au cours de multiples récitals : Sentier des Halles, Chaillot, Musée Calvet à Avignon pour France Culture, Opéra Comique, Cité de la Musique et en tournée. En 2000, un premier disque sort de cette collaboration, Tantôt Rouge tantôt bleu, chez Actes Sud (Grand prix de l'Académie Charles-Cros). Séduit par ces nouvelles interprétations, l'écrivain se remet à la composition pour la première fois depuis des années et offre à Mona des titres inédits. On peut les entendre sur l'album live Embrasse-Moi, sorti en 2005 chez Harmonia Mundi.

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La famille Heftre, Mona est en bas à gauche. ©coll.privée

 

 

 

 


Les Grands sentiments, 1975/©M.Lebois



 







avec Carlos Pavlidis ©M.Lebois

 

 

 

 

 




La fille du garde-barrière, 1975
avec M.Dussarat /©P.Grandperret

 

 

 

 

 


Mona, Jérôme et Nina. ©Coll.privée

 

 

 

 

 


les Mélodies du malheur ©M.Dussarat

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Le songe ©Enguerand

 

 

 

 

 


Le Bourgeois gentihomme, 1989 ©DR












 

 

 

 


 

 

 

 


Y'a d'la joie /©Enguerand/Bernand

 

 

 

 


Mona et Rezvani à la Garde-Freinet/©DR

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